La guêpe et la sauterelle, ou la cruauté enseignée aux enfants

C’est une histoire triste. L’histoire d’un petit garçon qui découvre la loi de la jungle sur un trottoir de béton.

On attend l’autobus tous les deux. Il se fait une amie sauterelle. L’aime tellement d’amour qu’il la blesse un peu. Elle a la patte de moins en moins sautillante. Ou peut-être fait-elle semblant, dans l’espoir qu’Arthur s’intéresse à une mouche, à un ver de terre, à une coccinelle, à n’importe quoi d’autre qu’à elle.

Arrive une guêpe, qui comme toutes les %?$#?@! de guêpes, nous tourne autour, avec son mouvement oscillatoire caractéristique, gauche-droite-gauche-droite, je cherche quelque chose, gauche-droite-gauche-droite, mais je ne sais pas quoi, gauche-droite-gauche-droite, non, je ne vais pas m’en aller, gauche-droite-gauche-droite…

Mais soudain la guêpe se désintéresse de nous. C’est louche.

La sauterelle. C’est la sauterelle qui l’intéresse. Une proie à la vulnérabilité exacerbée par l’amour d’Arthur…

Il l’a compris juste avant qu’elle ne fonce sur son amie. Il a essayé de la chasser. A crié « non »! A éclaté en sanglots pendant que la salope s’accrochait au pauvre insecte à peine frémissant…

On s’est éloignés tous les deux. Il pleurait de vraies larmes de peine. Je le serrais fort dans mes bras.

La vie n’est pas un Conte pour tous… (photo: Alain Labat, 2006)

« Je veux retourner voir mon amie, même si elle se fait attaquer ». On s’est approchés de la sauterelle au moment où la guêpe rebroussait chemin, d’un vol lourd qu’on aurait pu croire résigné.

Le sourire d’Arthur quand il a dit: « elle bouge encore »!!!

Son désarroi quand il a enchaîné: « mais la guêpe lui a découpé la tête »!!!

On l’a regardée s’éloigner, visiblement désorientée, chargée de son odieux butin.

La tristesse qui a suivi se raconte mal. Que dire à un enfant qui pleure la décapitation de son amie sauterelle et la tient bien serrée dans sa petite main « pour plus que personne lui fasse mal »?

Parce qu’elle n’est pas morte, répétait-il sans trop y croire, elle a juste la tête découpée…

13 réflexions sur “La guêpe et la sauterelle, ou la cruauté enseignée aux enfants

    • Marie-Pier Elie dit :

      Disons qu’une sauterelle pas de tête en gros plan est une vision que je préfère oublier… mais la guêpe a quand même fait une super job, c’était juste comme un morceau qui manquait… 🙁

  1. Michel Moisan dit :

    Histoire semblable à l’été 2009 ici. Mes filles capturent une mante religieuse dans le jardin. Le lendemain, en visite chez une amie, celle-ci en trouve une autre, plus petite. Hop dans la boite.

    J’ai rapidement improvisé un cours (niveau maternelle) sur les moeurs sexuelles capricieuses de ces insectes.

    Elles ne furent donc pas trop choquées de retrouver Madame, le lendemain, en pleine extase et en pleine digestion au milieu des débris de Monsieur.

    • Marie-Pier Elie dit :

      Tellement! C’est à peu près la seule créature vivante envers laquelle je peux éprouver du pur mépris… Même les sangsues, les moustiques et les mouches noires ont le droit de vivre. Mais pas les guêpes!!!

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