Pourquoi douleur est un nom féminin

C’est juste pas juste. Alors que nous, XX, sommes constamment confrontées à la douleur (enfantement, règles et autres grands drââââmes infââââmes de fââââmmes), nous serions moins bien armées que les XY pour y faire face.

À cause de qu’est-ce? À cause de la testostérone! Eh oui, comble de l’inégalité des sexes, la testostérone serait un formidable anti-douleur. Dès la préhistoire, cette hormone aurait protégé les valeureux chasseurs des grandes douleurs. Mais le bouclier testostéronique n’aurait été d’aucune utilité pour madame, qui cueillait des petits fruits pendant que monsieur chassait le mammouth.

Et ce ne sont pas là que de vagues spéculations évolutionnistes: les études d’Isabelle Gaumond, de l’Université du Québec en Abitibi Témiscamingue, réalisées en collaboration avec l’Université de Sherbrooke, en témoignent: contrairement à ce que porte à croire la grippe d’homme lorsqu’elle frappe, le seuil de la douleur est plus bas chez la femelle que chez le mâle. Pour en arriver à ces conclusions, elle a soumis des rats à des expériences douloureuses, leur injectant du formol dilué dans la patte arrière.

Les mâles présentaient significativement moins de réponses nociceptives que les femelles. « Nociceptives », c’est un mot un petit peu pointu pour désigner la douleur chez l’animal (la douleur étant une expérience subjective qui doit être verbalisée, on n’a pas le droit de dire que les rats ont mal; on « constate qu’ils ont des réponses nociceptives »). Par exemple, après l’injection de formol dans la patte, une réponse nociceptive de stade 0 correspond à l’absence de réaction. Au stade 1, les orteils de l’animal touchent le sol mais il retire sa plante de pied; au stade 2, il soulève sa papatte, et au stade 3, il la lèche et la mordille…

Tout ça pour dire que, lorsque vient le temps de justifier la petite nature des rats femelle, c’est la testostérone qu’on soupçonne. Parce qu’une fois gonadectomisés (l’autre mot savant du jour), les mâles ont les mêmes réponses nociceptives que les femelles.

Mais, à quelques exceptions près, l’homme n’est pas un rat. Isabelle Gaumond et ses collègues veulent donc maintenant savoir si les femmes souffrent vraiment plus que les hommes. Pour éluder l’aspect forcément subjectif de cette grave question, elle recrutera les seuls cobayes capables d’expérimenter la douleur femelle ET la douleur mâle: des transsexuels. Plus précisément, des femmes souhaitant devenir hommes. Elles pourront donc, après qu’on leur ait administré la testostérone indispensable à leur grande métamorphose, témoigner du pouvoir analgésique de cette hormone.

Restera ensuite à évaluer, en laboratoire, lesquels sont les plus plaignards.

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