Wolverine en mal d’amour

Ce n’est pas drôle d’être lui.

Il est officiellement en voie de disparition dans l’est du pays (pas Hugh Jackman, mais le carcajou – j’y crois encore à peine: Wolverine, c’est la traduction anglaise de carcajou). En fait, il est peut-être déjà disparu, on ne sait pas trop. Un biologiste l’aurait aperçu sur la Côte-Nord il y a quelques années, mais est décédé dans les mois qui ont suivi et n’a jamais pu faire de rapport officiel

🙁

Le carcajou est une bête mythique, omniprésente dans notre folklore, mais omniabsente dans nos forêts. Victime de sa mauvaise réputation, ce charognard opportuniste s’est attiré les foudres des trappeurs entre les années 1840 et 1925: il dévorait les proies à même leurs pièges, arrosait copieusement la nourriture de son « urine » – pas vraiment de l’urine, mais on n’entrera pas dans les détails – nauséabonde, et pouvait même se faire un snack avec de la babiche de raquettes…

Les chasseurs sachant surchasser n’ont donc pas trop hésité à décimer la population de « diables des bois » – leur petit surnom affectueux. Pour nuire un peu plus à la cause du carcajou, les carcasses de caribous – délicieuses accompagnées d’un side order de babiche, à ce qu’il paraît – sont elles-aussi de moins en moins nombreuses dans la forêt boréale.

Mais il existe un plan de rétablissement de l’espèce. Un plan archi-détaillé, super bien pensé, qui prévoit même la capture de carcajous de l’ouest du pays pour les relâcher dans les forêts de l’est. Il faudra toutefois établir le profil génétique de ces derniers avec certitude afin de repérer les individus les plus apparentés (on veut être bien certain qu’il s’agit de la même espèce, et non pas introduire des carcajous « exotiques » qui n’ont pas d’affaire ici). C’est prévu dans le plan: quelques poils de carcajou empaillé dont on extrait et analyse l’ADN, et bingo!

On songe également à relâcher des carcajous élevés en captivité (comme ceux du zoo de St-Félicien), mais là encore, il y aurait un certain protocole à respecter (on ne transforme pas un animal de zoo en bête sauvage en claquant des doigts).

Le plan national de rétablissement de Gulo gulo (son nom scientifique – j’adore!) existe donc bel et bien, il fait 46 pages bien détaillées, avec des titres, des sous-titres et des sous-sous titres, des points, des sous-points et des sous-sous points… mais il dort sur les tablettes. Parce que, comme me le confiait Michel Huot, biologiste au Ministère des Ressources naturelles, de la faune et des parcs (MRNFP), c’est comme un peu totché. D’un côté, oui, la biodiversité et tout et tout, mais de l’autre, les autochtones qui ne seraient pas très chauds à l’idée de côtoyer le yable à nouveau…

On l’a persécuté, on ne sait plus trop s’il est encore là, on voudrait bien le voir revenir mais pas tant que ça au fond…

Non, vraiment, ce n’est pas drôle d’être lui.

Heureusement, Hugh Jackman sauve son honneur (et toi aussi, Yanick Paquette…)

Avouez que le contraste est quand même saisissant entre le méga huge super-héros viril et la pauvre tite belette mal aimée dont personne ne veut…

4 réflexions sur “Wolverine en mal d’amour

  1. Jules Gagnon dit :

    Moi aussi je trouve ça triste la disparition du « glouton », mais je me demande toujours si le rétablissement d’une espèce dans son milieu naturel est une solution viable. Si oui, taisons-le et ne réveillons pas le chasseur.

    • Guillaume dit :

      Rétablir une espèce pour réparer les erreurs de nos pères… imaginez le travail qu’auront nos enfants à rétablir tout ce que nous aurons contribuer à faire disparaître…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *